Tribune dans Libération – En France, le numérique en marche arrière ?

Giuseppe de Martino, président de l’ASIC détaille ses recommandations aux futurs responsables politiques dans une tribune publiée le 24 mars 2017 dans Libération.

Alors que ces cinq dernières années ont vu le Parlement glisser en faveur d’une censure généralisée du web, il rappelle l’urgence de ne pas s’égarer dans des dispositions législatives contre-productives asphyxiant les acteurs du web et brisant les libertés fondamentales des internautes.

« A l’heure où le quinquennat de François Hollande s’achève, le bilan est amer. (…) Ces cinq dernières années ont vu se succéder l’adoption d’une série de lois sécuritaires que la gauche aurait surement qualifié de liberticides si elle avait été dans l’opposition. Si les gains sont illusoires en matière de sécurité [sur internet], la perte en termes de respect de la vie privée et de confiance dans les services numériques est avérée« .

Il souligne par ailleurs la nécessité d’exploiter toutes les potentialités des nouvelles technologies, à même d’apporter une croissance durable à la France.

« Le numérique représente aujourd’hui peu ou prou 5.5% du PIB français et contribue au quart de la croissance française selon une étude du cabinet McKinsey de 2015. La France pourrait même augmenter son PIB à hauteur de 80 milliards de dollars d’ici 2020 selon une récente étude Accenture« 

A peine évoquées dans la campagne présidentielle, il précise enfin les contours d’une action publique efficace et positive dans le domaine du numérique pour ces cinq prochaines années en trois points :

1. L’Europe ne détient que 2 % de la capitalisation mondiale des entreprises internet selon la Digital New Deal Foundation. Imaginons pour la France seule… Ce n’est pas en relançant chaque année le concours Lépine de l’innovation fiscale au détriment des services numériques que l’on inversera la tendance.
2. Répondre à la menace terroriste en abandonnant nos principes fondamentaux en rase campagne et en sabordant la confiance portée aux acteurs du Web n’est clairement pas une solution. Seule une approche pédagogique et le développement de «contre-narrations» virales sur Internet seront réellement capables de rétablir cette confiance et d’étouffer tant les discours incitant à la haine que les fake news.

 

3. Gardons à l’esprit et faisons-en un principe fondamental que le numérique est naturellement au service de la culture et de notre industrie des contenus pour les faire rayonner dans le monde entier. Contenants et contenus sont des alliés naturels. Il faut que la France ait la capacité de parler ces deux langues et de faire évoluer conjointement ces secteurs que le sens de l’histoire rapproche mais qui sont encore si réticents à évoluer main dans la main.

En bref,

« Dans cette période pleine d’incertitudes, la France a toutes les raisons de croire en son avenir numérique, mais elle doit se donner les moyens d’exploiter toutes ses potentialités ».